A environ une heure et demi de route d'Ho Chi Minh Ville (ancienne Saïgon), dans la province de Dông Nai, la situation est critique pour les quelques quarante habitants de Doc Mo. Ce petit village de pêcheurs, éloigné de tout, se trouve en effet depuis quelques temps privé d'eau. Maurice Benoit, reporter-photographe, témoigne en images de la situation.
Alors qu'ils ont toujours vécu de la pêche, leur seule activité et leur principale ressource, les villageois de DOC MO voient aujourd’hui celle-ci réduite à néant. Les filets restent abandonnés, inutiles car l’eau de la rivière DONG NAI qui arrivait en bordure du village s’est peu à peu retirée à des kilomètres. Prenant source dans les régions montagneuses de la province, l’eau de la rivière, qui formait un lac pour la retenue du barrage de la station hydroélectrique de TRI AN pour l’alimentation de la ville de SAIGON, se trouve aujourd’hui réduite, suite au déficit de pluie (processus engagé depuis plusieurs années). Ce manque d’eau a progressivement asséché la rivière, décimé les poissons et cause également pour la ville de Saigon des problèmes d’approvisionnement pour la distribution en eau potable.
Dans des conditions de vie déjà difficiles, la population doit faire face à ce nouveau problème qui la prive, bien plus que d'une activité, de sa source même d'alimentation quotidienne et de l'eau douce nécessaire à vivre. Par ailleurs, la culture est devenue tout aussi impossible.
Ces quelques familles oubliées vivent dans des maisons de fortune, sortes de cahutes délabrées construites par leurs propres moyens : toits de paille et fondations en bois. On imagine bien que l'électricité et l'eau courante n'arrivent pas jusqu'ici. Seuls débris de modernité : une vieille télévision noir et blanc fonctionnant sur batterie rechargeable et la mobylette de cette jeune fille qui, à l'entrée du village,
achète les noix de cajou que les gosses ramassent dans les
plantations. Et malgré les conditions de vie qui se dégradent, des enfants naissent, rendant plus ardue la situation des mères de famille.
Depuis peu, les villageois reprennent pourtant espoir, Mère Isabelle et ses soeurs viennent de terminer la construction d'une école qui va servir à l'éducation des enfants aux soins et nourriture quotidienne de la population de la région, grâce à la détermination de Mère Isabelle qui, ayant reçu des dons de l'association française Mère Isabelle Urgence Humanitaire au Vietnam, et d'une promotion de l'école de St Cyr Capt DANJOU héros de Camerone en 1863, a pu faire construire ces cinq maisons en dur et forer un puit pour le ravitaillement en eau ainsi qu'un système pour l'évacuation des eaux usées.
Nous avons reçu depuis les photos des réalisations, sur lesquelles Mére Isabelle et les heureux bénéficiaires nous remercient, et nous pouvons voir leur bonheur.
Mais, faut-il se satisfaire de cette maigre amélioration de la vie quotidienne des habitants de ce petit village de pêcheurs oublié?
Gabrielle POTHIN |