|
Site élaboré en
|
|
|
|
|
Hauts-plateaux
: les camps de lépreux |
|
Reportage
Texte : Gabrielle Pothin
Photos : Maurice Benoit |
La lèpre touche le Viêtnam
et comme dans beaucoup de lieux,
les lépreux vivent rejeté, une certaine exclusion.
Maurice Benoit, reporter photographe revient avec un récit tout en ombres
et en lumières. |
Kontum. Ville du Centre du Viêtnam, à sept
heures au Nord de Saigon. Quel endroit un occidental pourrait-il
s'imaginer aussi hors du temps, presque hors de tout ? Ici,
même les cinquante centimes qui permettraient à un
enfant de se nourrir pour la journée font défaut...
L'endroit apparaît à nos yeux habitués
au spectacle de la modernité confortable comme un temple
d' une civilisation archaïque.
A quelques heures seulement de là, vivent des enfants qui n'ont jamais
vu le toit d'une seule des maisons de la ville. Ils ignorent même ce qui
existe à l'extérieur des murs qui les entourent : ils vivent dans
une léproserie. L'une des treize qui existent au Viêtnam. Et qui
sont toutes établies dans cette région. |

Les enfants vivent au milieu de leur famille.
|
|

L'attente de la distribution du riz par les religieuses.
|
Ils sont enfermés dans une enceinte virtuelle, mais
infranchissable : les lieux sont gardés. On ne peut
y accéder sans la permission spéciale des autorités
de l'Etat. Comme au Moyen Age, les lépreux sont un rebut.
Mais ici, ni clochettes, ni capuchons pointus. Enfants sains
et parents malades vivent ensemble, partageant la même
misère. Dans ces conditions, il n'y a pas de place pour
la discrimination : on tente de vivre, d' exister en tant qu'être
humain. De faire mieux que survivre. Grâce aux médicaments,
les effets de la maladie sont diminués. Mais cela ne
suffit pas, et les individus épargné par la maladie
- souvent les enfants - ont de grandes chances de la contracter à leur
tour. |
|
On s' attend à devoir réprimer
un haut-le-coeur devant le spectacle d'une des plus tristes
détresses humaines qu'on puisse contempler. Alors,
imaginez la surprise, lorsqu'on est en fait accueilli par
tant de sourires sincères. Les victimes sont uniquement
des adultes. Certains portent des prothèses de plastique
ou de métal,
pour tenter de remplacer - parfois vainement - leurs membres
manquants. Pourtant le contraste avec leurs enfants, si
beaux, semble à peine visible. Tous ont dans les
yeux la même
envie de rire. Celle-ci s'exprime avec une force incomparable
lorsque Mère Isabelle et les Soeurs viennent visiter
la léproserie, et apporter quelques provisions.
Reporter-photographe, Maurice Benoit, qui a pu vivre cette expérience,
a été abasourdi par la manière dont il a été accueilli.
En seulement trois heures, ceux que les « nantis » ont jugés
indignes de vivre parmi eux ont partagé avec lui des instants d'un bonheur
simple: celui de se trouver entre individus égaux, mais pourtant si
différents,
sans préjugés, sans méchanceté. |

Femme lépreuse, quand la résignation
et la tristesse se rencontrent.
|
|

Les soins auprès des lépreux consistent aussi à l'attention.
|
Lors des visites des religieuses, tous les habitants
se rassemblent autours de l' ancien dispensaire, pour recevoir
de la nourriture, et pour certains quelques soins. Malgré leur
souffrance physique, les malades sont les premiers à se
porter volontaires pour proposer leur aide. Vieillards, parents
et enfants attendent patiemment, parfois songeurs, pour participer
au transport de la nourriture. Ici, les repas sont pris en
commun. Les bâtiments d'un ancien centre médical
militaire - des locaux vétustes - servent à la
fois de dispensaire et de réfectoire. Une cloche annonce
l'heure des repas, et tous s' y retrouvent, comme une grande
famille. |
|
Un homme, tenant lieu de responsable, représente
les familles et se fait leur intermédiaire avec les
personnes venues de l'extérieur.
Les familles vivent à l'écart des bâtiments
administratifs, chacune dans une vielle masure délabrée, véritable
cahute au toit de tôle. Dans un atelier, des femmes tissent - avec ce qui
leur reste de mains - des étoffes destinées à être
vendues aux touristes des grandes villes. Pendant ce temps-là, les hommes
travaillent le jonc. Aucun enseignement n'est dispensé aux enfants, pas
une bribe d' alphabétisation. Les Soeurs ne viennent qu'une fois par mois.
Mais ce qui dans la société serait jugé comme une injustice
considérable n'a aucune importance dans l'enceinte de la léproserie:
l' isolement est total.
|

La lèpre
n'est pas toujours visible et
n'empêche pas la joie d'être mère.
|
|
| Bien qu'ils constituent une société en
marge de la nôtre, les lépreux ont bien voulu se prêter
au « jeu » du photographe, messager vers le monde extérieur.
Tous se sont rassemblés avec plaisir pour quelques photos
de groupe. Expérience unique et terrible pour le reporter.
Mais petit instant de joie pour ces familles.
Le journaliste emporte les traces de leur accablement. Par la maladie, et par
le bannissement. |
| Gabrielle Pothin |
 |
article paru dans :
Enfants du Mékong
n° 127 - juillet 2003
Rédaction :
5, rue de la Comète
92600 Asnières-sur-Seine
Tél : 33 (0)1 47 91 00 84
Faxl : 33 (0)1 47 33 40 44
|
 |
|
|
 |
|
|
|